

Présence
7 Pistes1 h2014
Le Chant du Monde – Harmonia Mundi
Ce onzième CD dans la collection Le Chant Du Monde rassemble des pièces en hommage à Nakisâ et Bârbad, deux célèbres musiciens de la cour de la Perse antique, ainsi que plusieurs zekrs kurdes anciens joués par Ostad Elahi dans l’intimité du cercle familial.
Invocation de Bâbâ Jalili
Supplique adressée au Créateur, ce récitatif à la fois rythmé et sans rupture exprime une grande émotion dans une atmosphère de profond recueillement. D’une voix grave et sur le ton de la confidence, le musicien distille des mots simples et directs à l’attention de son Bien-aimé divin. C’est d’abord le tanbur qui s’exprime dans une mélodie qui s’élève vers Lui. Puis l’interprète commence son chant en implorant Ali, l’un des noms divins. La voix et l’instrument se mêlent en totale symbiose tout au long de cet appel à la clémence et à la miséricorde divines.
Ostad Elahi joue ici dans un style qui lui est propre. Si l’on reconnaît ici et là le thème d’une pièce publiée dans un CD précédent, une écoute attentive montre qu’il s’agit bien d’une improvisation et que les motifs se déroulent de façon imprévisible. Les passages évoquant des modes connus ou des thèmes plus familiers (Hey Dâwed, vers la fin du morceau, par exemple)1 sont eux-mêmes joués d’une façon singulière. Même une oreille habituée aux créations du musicien peut s’en trouver déroutée et se laisser entraîner de découverte en découverte, dans un univers empreint de douceur mais où l’expression de la douleur de la séparation avec le Bien-aimé divin est sensible.
L’émotion devient encore plus palpable lorsque la gorge de l’interprète se noue et que l’appel se fait plus pressant. Ostad Elahi disait que « pleurer (dans un état spirituel) apaise l’âme et lui procure de la joie » et que « si la musique se fonde sur les aspirations de l’âme, elle sera plus attrayante à la fois par sa qualité technique et sa qualité spirituelle » (Âsâr ol-Haqq, vol. 2, p. 359-360). Lorsque l’âme est touchée, comme saisie par la conscience de son éloignement du Bien-aimé, l’homme ne peut réprimer ses larmes, qui, telle une pluie purifiante, lui apportent finalement quelque apaisement.
Son élan d’émotion inspire à Ostad Elahi ce poème qu’il improvise tout en jouant:
Ali (x 6)
Ali, agar bogzari, Ali (x 5)
Ali, gonâbâranân, Ali (x 7) djân
Gonâbâran yâ Ali, yâ Ali, yâ Ali, Ali
Gonâm bar gardan, yâ Ali, yâ Ali, yâ Ali
Va Gonây sar va jir-e bâr yâ Mowlâm, Ali (x 5)
Gonây wim bardan yâ Mowlâm âmân Ali (x 5) djân, Ali, Hû
Sar va jir-e bâr Ali djân Mowlâm
Gonâhe wim bardan
Va gonâ(h) kârân mabou weyardan, ey Khodâ-ye man, ey Mowlâ-ye man
Bi gonâ(h) va kas ey Ali djân mennat nabardan, amân amân amân, amân
Agar bogzari, yâ Mowlâ-ye man va gonâ(h) kâri
Aw vakht maluman yâ Mowlâm to karamdâri
Djân Ali, ey Khodâ-ye man, Ali (x 4)
karimi, rahimi, bozorgavâri
Ey Khodâ-ye man (x 3), Khodâ-ye man (x 2)
Ey khâleq-e man, ey Khodâ-ye man
Ey Ali, amân, Ali (x 6)
Ali
Ali, Pardonne-moi, ô Ali
Mes fautes sont innombrables, Ali, Ali ma vie
Pardonne-moi, Ali
Enlève-moi cela qui me pèse, ô Ali
Toi, mon refuge, ô Ali,
Ma tête courbe sous le poids de mes fautes
Oui, j’ai tant manqué, ô mon Dieu
Avec ce poids sur mon cœur, à qui d’autre m’adresser, ô Ali?
Je me réfugie en Toi
Pardonne-moi, Seigneur
Et ainsi, manifeste Ta générosité
Ali Bien-aimé, ô Seigneur, tu es généreux, magnanime, tout-puissant
Ô mon Dieu, mon créateur, mon éducateur, mon Dieu
Tout comme Ali, les termes Mowlâ (Seigneur), Khodâ (Dieu), Djân (Aimé), Hû (Lui), sont des figures de la divinité, une façon d’invoquer Dieu.
Puis, sur le thème de Hey Dâwed lent:
Yâ Dâwed-e dâwdan Ali Hû har Dâwed-e khâsan
Ey Khodâ-ye man ey rabb-e man
Yâ Hayy yâ qayyûm
1 Voir CD1 de Destinations, Le Chant du Monde - Harmonia Mundi, 2008.
Liste des pistes
Invocation de Bâbâ Jalili
Présence
Invocation de Bâbâ Jalili
Présence