

Une épopée spirituelle
4 Pistes57 min1998
Le Chant du Monde – Harmonia Mundi
Ce CD rassemble quelques-unes des plus belles improvisations d’Ostad Elahi au tanbur. La solennité et la majesté des suites Tarz-e Yâri et Saru Khâni, jouées dans le même mode sont suivies des ryhtmes dansants de Tan Amiri et de Pâ Kotaki, exprimant la joie et l’extase. Comme on peut l’entendre sur ce CD, l’une des caractéristiques de l’art d’Ostad Elahi consistait à rendre hommage aux grandes personnalités des traditions mystiques kurdes et persanes à travers des modes musicaux qui leur étaient spécifiquement dédiés.
Suite Sârû Khâni
Cette mélodie modale porte le nom du saint qui en fut l’auteur ou le transmetteur. Elle appartient à la catégorie des mélodies d’origine purement mystique et dévotionnelle. La plus populaire des mélodies de la tradition religieuse du Kurdistan oriental, elle est connue pour célébrer l’amour mystique et bien que, contrairement à la plupart des autres airs qui de fait expriment un dialogue avec soi-même, Sârû Khâni se cractérise par un aspect narratif et discursif. Le rythme interne est celui du langage même dont l’articulation serait proche de la déclamation, donc très éloigné des murmures et gémissements typiques des autres pièces du même genre. Cet air peut facilement être associé à la poésie persane classique (avec des mètres alternant des voyelles longues et brèves), qu’elle soit de type lyrique, didactique ou narratif.
Comme cela est généralement le cas dans les performances des bardes, les motifs instrumentaux sont insérés entre deux déclamations, et dans cet intervalle il est encore possible de fredonner quelques mots. Dans Sârû Khâni, le thème intermédiaire à trois temps (Zang-e Shotori) suggère l’allure d’un chameau, ponctué par la récitation de noms divins tels que Haqq et Ali. Après Sârû Khâni, Ostad Elahi interprète dans un style sobre une variante de Halparka, une danse rythmée en dix temps rapides (3+2/2+3).
Une danse à deux temps, appelée Shân Jonbânak (littéralement : “secouer les épaules”) termine cette improvisation. Ostad Elahi avait l’habitude de dire que ce morceau ne pouvait être joué correctement sans bouger les épaules de la bonne façon. Cette séquence fut enregistrée dans la maison d’Ostad Elahi vers la fin des années soixante, au cours d’une réunion de quinze à vingt personnes. À la suite de ses causeries avec ses étudiants spirituels, il arrivait qu’Ostad Elahi commence à jouer du tanbur avant même qu’on ait le temps de mettre le magnétophone en marche. Ce fut le cas ce soir-là, d’où le fait que l’enregistrement commence un peu après le début de l’introduction. Malheureusement il n’a pas été possible d’éliminer les coupures et les bruits parasites qui gâchent de temps à autre le cours de cette remarquable interprétation.
Liste des pistes
Suite Sârû Khâni
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